Travaux Universitaires

In many life-writing projects, the seemingly innocuous description of heteroclite objects and how those objects are stored and recalled in fact plays an important role in demonstrating their importance to the process of memory work. At once the lingering traces of one’s past and also an aggregation of stories evoked by an examination of them, these curios focus attention on the relationship between the individual and the storage of memories. This article will focus on certain collectibles, collections and collectors that appear throughout the fictional, autobiographical and autofictional world that Marie Nimier has scripted to date. This textual cabinet of curiosities and the act of collecting more generally serve as a trope to connect memory with materiality, despite the numerous narrative voices that Nimier assumes—voices that move from a first-person “Marie Nimier” to an unnamed, although clearly identifiable first-person and even float between genders. Despite this nominal and narrational fluidity, objects function to guarantee recognition, both for the reader, and, especially, for the author herself. What is at stake in this intertextual assemblage of objects is not only the roles that they play in allowing the narrator to revisit past traumas and loss, but also in connecting the author’s presence to other, more fictionalized voices that above all signify the primacy of life-writing in her corpus.Abstract L’univers romanesque de Marie Nimier se caractérise des récits imaginatifs racontés par des voix narratives variées et amusantes. Combinant des éléments imaginaires avec un réalisme attentif à la société française des années ’80 jusqu’à nos jours, Nimier sait évoquer un monde de fiction qui brouille les deux, un univers de réalisme fantasmé. Dans le cas de son deuxième roman, La Girafe (1987), l’amour de Joseph, jeune gardien au zoo de Vincennes, pour sa charge, la girafe Hedwige, prend lieu dans une atmosphère carnavalesque, inquiétante, et étrangement comique. Nimier, en évoquant le pervers polymorphe des identités indécises et une abjection animale, pose la question des frontières floues entre soi et autrui, sujet et objet, dehors et dedans, animal et humain. Dans un roman de dédoublements troublants, Nimier fait réfléchir à la question de l’exclusion sociétale de ceux qui nous font peur par leur différence.Now to be sure, there is a far darker side of La Girafe, too, and it is not my objective to repress it. Neither do I intend to insist upon it, however, because what interests me is the brighter tale of interspecies love around which the novel is organized. That tale does not leave me indifferent. I am not immune to it, I’ll confess. And I'll wager that I’m not alone. Think of this, though: we may be perched right ion the most tolerant edge of the country here in San Francisco, but I’ll remind you that it’s a country that views interspecies love with a very jaundiced eye indeed. So hush! Whatever we may say in this room stays in this room, okay? Just as if we were creature some novel, inhabiting, together, some fictional world. " Motte, Warren.Contemporary French and Francophone Studies. “On Interspecies Love and Canine Tauromachy: A Prolegomenon,” (Volume 16: issue 4) 571-584. 2012.” Reprinted by permission of the publisher (Taylor & Francis Ltd, http://www.tandf.co.uk/journals)Dans La Reine du silence, Marie Nimier se confronte à la figure de son père, l’écrivain Roger Nimier, mort lorsqu’elle avait cinq ans. Elle y montre le poids qui pèse sur l’enfant d’écrivain, mais aussi celui de l’héritage du secret familial et de l’injonction au silence. La difficulté de l’élaboration de son récit de filiation se révèle dans les constants recommencements et reformulations, qui constituent la marque de la tension angoissante entre l’obligation de dire et celle de taire. In La Reine du silence, Marie Nimier confronts her father’s memory – the writer Roger Nimier, who died when she was five years old. The novel describes the burden of being a writer’s child, along with that of inheriting family secrets and submitting to a code of silence. The difficulty of recounting her relationship with her late father is evidenced by the narrator’s numerous “false starts” and her constant rewritings. The hesitant nature of the narration captures an anguish born of two irreconcilable obligations : the need to put things into words and the pressure to remain silent.In its psychological sense, « reminiscence » means « return to the spirit of an image whose origin (previous perception) is not recognized ». More beautifully and more expressively, Joseph Joubert defined it in his Pensées as « the shadow of memory ». This article proposes to explore an entire territory of shadows in La Reine du silence, a « filiation’s narrative » – in Dominique Viart’s terminology – through which Marie Nimier, in 2005, courageously, obstinately, looks for what kind of father was the « hussar » writer Roger Nimier, killed in a spectacular car accident when she has just been five years old. En un blog anterior (17.11.2009) escribí sobre “El Africano” (2003) de Le Clézio, Premio Nobel 2008, obra que busca comprender a un padre ya muerto y al que poco o nada se ha conocido. En esa misma línea Marie Nimier, francesa como Le Clézio, escribe “La Reina del silencio”. El nombre de Marie Nimier no nos dice nada en Colombia; es más, me atrevería a decir que en América Latina tampoco es conocida. No sucede lo mismo en Francia. Allí, cuando se pronuncian las dos palabras que componen su nombre y apellido, puede observarse una estela luminosa, seguida de un silencio respetuoso y bien merecido.Présentation de l'éditrice : Dans son article « Living to Tell the Tale : Marie Nimier and Autobiographical Writing », Eilene Hoft-March rappelle que la recherche psychologique confirme que la narration est un mode naturel et peut-être même nécessaire du soi conscient, une façon de se voir en tant qu’être continue à travers le temps. Elle remarque qu’en essayant de narrer un récit autobiographique dans La Reine du Silence, Marie Nimier écrit sur les difficultés de construire une histoire, ce qui semble indiquer de vrais difficultés quant à la construction d’une identité. Eilene Hoft-March se penche alors sur l’aporie de la narration chez Marie Nimier qui perdure tout au long du livre et qui semble trouver son origine dans le désir que l’auteur a de construire non pas un sujet biographique, mais deux, le sien et celui de son père célèbre, Roger Nimier. Marie Nimier trébuche plusieurs fois sur des invraisemblances entre les narrations d’elle même qu’elle a écrites auparavant et les données publiques qu’elle recherche et découvre désormais sur son père. L’écrivain ne cesse de chercher un moyen de remédier au problème évident des versions incompatibles afin de trouver un moyen de réunir et la narration paternelle et celle filiale. En d’autres mots, Nimier construit un sujet reconnaissable en établissant une continuité narrative non seulement à l’intérieur d’un même sujet, mais aussi d’un sujet à l’autre.Note de l'éditrice : L’article « (Re)Writing the Self: Identity and Intertextuality in Les Inséparables » d’ Ana de Medeiros s’intéresse à la question de l’intertextualité de nombreux thèmes que l’on retrouve dans le dernier roman de Marie Nimier, Les Inséparables, thèmes qui reprennent ceux déjà abordés et approfondis dans les textes précédents de l’écrivaine. Ainsi Marie Nimier écrit Sirène en 1985, et c’est presque deux décennies plus tard que dans La Reine du Silence, elle s’interroge sur le processus qui a abouti à ce premier roman. Par exemple, en devenant écrivaine, Marie Nimier répondait-elle obscurément à la question provocatrice de son père (l’auteur célèbre Roger Nimier): « Que dit la reine du silence ? » ? S’agissait-il de relever le défi paternel ? Marie Nimier se souvient: « Très jeune, je me mis à faire chambre à part avec moi-même, très jeune et jusqu’au grand plongeon dans la Seine. J’étais à la fois la petite fille pleine de vie […] et l’enfant grave qui s’ennuyait. » Cette tendance à se séparer en deux est liée sans doute au défi paternel devenu le dilemme de sa jeunesse: se taire ou écrire ? S’agissant des Inséparables Nimier dit que la narratrice et Léa sont « Deux corps réels, deux corps fictifs, aussi, indissociables, inséparables. » Ana de Medeiros montre alors que dans ce dernier roman, la scission psychique de Marie Nimier jeune se trouve reflétée dans les destins pas tout à fait jumeaux de deux « inséparables. »Note de l'éditrice : Dans « Translating Marie Nimier », John Fletcher s’appuie sur son expérience en tant que traducteur de fiction contemporaine française et en particulier des travaux de Marie Nimier pour examiner les difficultés de traduction spécifiques à ces derniers et mettre en valeur certains problèmes du traducteur, surtout quand il s’agit de trouver le registre et le ton justes pour faire passer celui du français de Marie Nimier. Pour ce faire, John Fletcher se sert d’extraits qu’il a traduits il y a plusieurs années pour un éditeur qui avait acquis les droits de publication pour la version anglaise de Celui qui court derrière l’oiseau mais qui fut finalement dans l’incapacité d’exécuter l’accord fait avec Gallimard qui a alors récupéré les droits. Ensuite, il se tourne vers la traduction d’ « Un enfant disparaît » que nous avions publié, lui et moi, en collaboration dans la Cincinnati Romance Review. Il discute enfin des quatre textes de Vous dansez ? qu’il a traduits pour le présent volume qui présentent leurs propres défis pour le traducteur, mais pour lesquels il a eu la chance de pouvoir être en contact directement avec l’auteur pour obtenir ses conseils. Présentation de l'éditrice : Dans son article « La Nouvelle Pornographie ou le corps-à-corps avec l’Ange du Foyer », Joёlle Papillon s’intéresse au personnage auto-fictif de Marie Nimier qui joue au pornographique tout en se jouant du pornographique. La narratrice y démontre sa résistance au pornographique par le biais de judicieux déplacements sémantiques et symboliques, et par un usage de la rhétorique qui permet de garder celui-ci à distance. L’écriture pornographique demeure pourtant une source de désir et de tentations pour la protagoniste, qui oscille entre fascination et répulsion. Si elle s’approche de l’émotion pornographique, l’Ange du Foyer est prompt à intervenir pour la censurer et la ramener sur le droit chemin de la décence. A la clef de son analyse, Joёlle Papillon montre en quoi La Nouvelle Pornographie soulève la question de la possibilité même de l’existence d’une écriture pornographique au féminin.Présentation de l'éditrice L’article de Nora Cottille-Foley intitulé « Corporéité et métalepse dans La Nouvelle Pornographie de Marie Nimier » s’attache, quant à lui, à éclairer l’aplatissement des espaces intra-diégétiques et extra-diégétiques à l’œuvre dans La Nouvelle Pornographie selon lesquels le texte prend corps tandis que le corps se révèle n’être que langue et langage. Cottille-Foley montre que le texte est construit en une série vertigineuse de métarécits qui, tels un château de sable, s’aplatissent sous les coups de pelle en métalepse ludique assénés par une écrivaine jubilante. Sous les décombres de cette transgression des niveaux du récit, le roman nous donne à comprendre que le Moi est un assemblage contradictoire de textes hétéroclites dont font partie tout aussi bien la pornographie—dont les intérêts capitalistes sont d’ailleurs dénoncés—que les contes de fées—dénoncés quant à eux pour leur idéologie matrimoniale. Pour exprimer la problématique profusion contemporaine de messages stéréotypés, l’auteur a recours à l’image de la sirène, dont elle avait développé les possibilités narratives dans un roman précédent, Sirène. Le dénouement de La Nouvelle Pornographie constate la déchéance des modèles antiques, alors qu’un briquet en forme de sirène roule dans le caniveau, et fait retentir la discordance d’une irréconciliable polysémie tandis qu’un camion de pompiers emporte la narratrice dans la nuit, sous les hurlements d’une sirène. Présentation de l'éditrice, Jeanne-Sarah de Larquier Dans son article « Cultural Displacements in Marie Nimier’s La Girafe » Walter Putman examine le roman La Girafe dans le contexte d’un épisode emblématique dans la rencontre culturelle entre l’Afrique et l’Europe: l’arrivée en 1827 de la première girafe sur sol français depuis l’antiquité. Nimier fait référence au conte historique de Zarafa, tandis que son personnage principal, Joseph, devient le gardien de la girafe de notre temps au zoo de Vincennes. Il s’identifie aussi à l’un des gardiens de girafe précédent alors que Marie Nimier tisse un conte sur l’identité post coloniale, la politique de la diaspora, et le désir érotique. Walter Putman propose alors une lecture de La Girafe à la lumière des relations humaines avec des animaux ou non–humains, notamment dans le contexte du déplacement en masse de larges mammifères africains dans les zoos et cirques d’Europe et d’Amérique du Nord. Putman s’intéresse aux signifiants culturels impliqués par ces transfères ainsi qu’à l’exhibition de ces animaux pour tenter de mieux comprendre les relations coloniales, et les perceptions du monde occidental des pays d’origine de ces animaux. Notamment, il note que la présence d’espèces exotiques contribue à un sens moderne de l’émerveillement et de la curiosité. Dans le roman de Nimier, Joseph explore sa solitude et son étrangeté au travers de la perception qu’il a de sa relation avec la girafe. Putman s’attarde sur cet exemple pour discuter de la domination des humains sur les animaux et de certaines des façons dont ils sont réduits à l’état d’objet pour satisfaire à nos besoins personnels. Enfin, la girafe lui permet d’aborder les thèmes de la performance et de la circulation des animaux parmi les humains dans un contexte à la fois historique et contemporain.Note de l'éditrice : « Repetition with a Difference : Returning a Voice to the Little Mermaid in Marie Nimier’s Sirène and La Reine du Silence » de Deborah Gaensbauer montre que Marie Nimier se sert respectueusement mais parodiquement du conte de Hans Christian Andersen “La petite sirène” alors qu’elle confronte l’expérience traumatisante d’être issue d’une famille qu’elle décrit comme « un conte de fée qui se termine mal ». Dans le conte d’Anderson, sorte de compromis vers une forme humaine qui implique et une perte et une mutilation de la parole, la petite sirène représente d’une façon très contemporaine la synthèse échouée d’un soi divisé. Nimier, surnommée « sirène des pompiers » par sa mère mais affectueusement tenue silencieuse par le titre « reine du silence » imposé par son père mort dans un accident de voiture alors qu’elle n’avait que cinq ans, voit son identité à la fois brouillée et amputée du fait de ce refus à la parole qui lui est fait. Dans cet article Deborah Gaensbauer retrace le processus de l’écriture et de la réécriture d’expériences traumatisantes comme une fusion négociable avec un double de soi qui prend la forme d’une sirène de conte de fée et qui permet à Nimier de récupérer sa voix dans La Reine du Silence qu’elle appréhende comme un roman explicitement autobiographique plutôt que autofictionnel. Dans son article « Fiction et espace autobiographique chez Marie Nimier : de son premier roman Sirène à son dernier, Les Inséparables » Jeanne-Sarah de Larquier propose de parcourir l’écriture de Marie Nimier de Sirène aux Inséparables à la lumière des définitions de Philippe Lejeune des roman et espace autobiographique tels qu’énoncés dans Le Pacte autobiographique. Je développerai comment jusqu’à La Reine du Silence Marie Nimier confronte narrateurs, modèles, et personnages fictionnels ou non pour confondre auteur, narrateur, et personnage en concluant un pacte autobiographique qui lui ouvre son propre espace autobiographique qu’elle animera dans Les Inséparables. Depuis l'automne 2005 et sa rencontre avec Dominique Boivin, Marie Nimier travaille régulièrement avec des chorégraphes et des danseurs. Ainsi est né le spectacle À quoi tu penses ? (textes publiés chez Gallimard sous le titre Vous dansez ?), puis Les Inséparables, lecture dansée (avec Claudia Gradinger), spectacle en tournée actuellement avec l'actrice Fanny Cottençon. Elle a collaboré également au dernier spectacle de Daniel Larrieu, LUX. Cette étude revient sur la genèse et la mise en forme du travail avec Dominique Boivin, et plus largement sur les rapports qu'entretiennent dans ce spectacle la littérature et la danse. Monologue intérieur, dialogue avec ses partenaires, examen de conscience, remise en question : l'artiste apparaît ici dans sa grandeur et ses misères, tandis que les pensées nourrissent son mouvement. Texte donné par les danseurs, texte tombant des hauts-parleurs; vidéo live, images enregistrées : la voix dans À QUOI TU PENSES ? est une parole (...) qui s'anime par le corps du danseur. Elle ne raconte pas, mais incarne la pensée pour se faire corps. Le corps du danseur donne vie et corps à la voix du texte. La parole ne remplace pas le geste, elle "se fait" geste, "parole incarnée".Le jeu de La nouvelle pornographie se révèle donc dangereux non seulement pour le personnage de l’écrivaine qui y prête son nom, mais aussi pour le lecteur. Avec son titre aguicheur et son premier chapitre osé, La nouvelle pornographie fait semblant – mais semblant seulement – d’inviter une lecture "à une seule main". Tout en empruntant le masque du pornographique, l’œuvre s’en détache, afin d’affirmer a contrario une critique du pornographique et de ce que la narratrice nomme "le grand déballage" (NP: 110) de l’intime. Le résultat est un texte hybride, qui pose beaucoup de questions et répond à côté. En cela, l’œuvre de Nimier rejoint un courant contemporain identifié entre autres par Elisabeth Ladenson, qui réutilise des moyens pornographiques avec une visée autre (2004: 87). D'une manière documentaire, Marie Nimier explore l'autofiction, Photo-Photo appartient au genre, abandonnant la douteuse auto- biographie au profit d'une littérature hautement fictionnelle. L'auteur n'a pas à dire la vérité des faits, mais utilise l'intime comme ressource sensible, et a le droit de mentir, d'inventer ou de mettre en place un dispositif donnant à l'existence un contenu aussi immatériel que celui de l'écriture romanesque. La structure de ce roman emprunte explicitement à l'art contemporain, ou plus précisément à la littérature d'artistes, que je différencie ici, par souci de cohérence, des écrivains. Edouard Levé est la figure que l'auteur convoque pour rassembler un itinéraire distribué au hasard.Je danse parce que je sais une chose : un corps est vivant et l'instant d'après, il est mortLe journal de bord oppose au tragique ou à l'oubli les éclats de la vie la plus quotidienne, bribes triviales, cocasses, familières, tendres, qui sont ici autant d'obstacles et de barrages - jusqu'à l'épopée de l'impossible passage du permis de conduire qui riposte à merveille au culte paternel de l'automobile. Voyage à travers les époques, à travers les états d'âme, voyage à travers les corps : l'enfant, l'adolescente, la jeune fille, la jeune femme, la jeune mère - jusqu'à sa fascination pour les sirènes : c'est Marie Nimier qui cherchait, évidemment, à se retrouver. Elle se tient toute droite au milieu de son livre. Tant Marie Nimier que Raphaëlle Billetdoux travaillent les appellations qu’avaient pour elles leurs pères écrivains pour reconstruire et peut-être inventer ces figures de pères desquels l’une comme l’autre ont peut-être volé ou tout au moins hérité la parole. Ce complexe travail de la filiation et de l’origine leur permet de traiter de la question d’avoir écrit à leur suite. Plan de l'article : Donner une figure au père : de la quête à la réparation Le travail de filiation ou le détour par l’autre pour revenir à soiLes années passant, je reste profondément une romancière (quelqu'un qui lit des romans, qui en écrit) même lorsque j'aborde quelque chose qui peut apparaître comme un récit ou même un témoignage - au risque que le lecteur prenne pour argent comptant ce qu'il lit, sans en mesurer la part d'invention.I was, in a way, seduced into translating Nimier’s novel; it was like a temptation I could not resist, probably magnified by the taboo it represented for me. The questions examined in the following pages spring from the challenges I encountered during this process. However, before delving into the central translation discussion, I will first touch on two foregrounding topics, namely: the key terms “pornography” and “erotica” followed by a brief overview of the role of feminism in relation to the pornography debate. These preliminary considerations are offered as a kind of platform from which to contemplate Nimier’s novel as well as my translation commentary in which I zoom in on the erotics of reading, writing and translating and reveal the numerous difficulties faced during the translation process. La pornographie: un sujet qui interpelle. Passées les réponses sous forme de projections individuelles, au-delà de la prise de conscience de l’approche herméneutique qui, à la manière d’un publicitaire, fait la promotion de la pornographie élargissant sa signification au rang de symbole, de culte de notre société, si l’on s’interroge sur un tel choix, nous nous rendons rapidement compte qu’il n’y a pas un choix mais une dynamique de choix utilisée par Marie Nimier pour expliquer le métier d’écrivain, et plus précisément le sien en accord avec elle-même à ce moment-là de sa vie de romancière et s’inscrire pour la première fois dans « sa génération ». Avant de pouvoir adopter l’article défini « la », pour son intitulé « La Nouvelle Pornographie », elle aura détaillé et cherché à appréhender « une » pornographie particulière à chacun. Du « je » aux « autres », de l’écrivain isolé à dessein « au lecteur privilégié qui représente tous les autres », sans négliger les « inconnus » qu’il aurait peut-être été « plus facile d’interroger », se dégage une notion de pornographie nécessaire tant pour justifier le personnage de l’écrivain qui va l’écrire sous nos yeux avec la plume de Marie Nimier qui se dévoile à son tour, que pour élargir le sujet du roman lui-même de ce fait ouvert. Marie Nimier’s funny and subversive book, L’Hypnotisme à la portée de tous (1992), reads like a screenplay and was made into a movie (Dormez, je le veux! 1998). The novel is in direct dialogue with films as Patrice Leconte’s La fille sur le pont (1999), Catherine Breillat’s Romance (1999), Joseph Lewis’s Gun Crazy (1949), and Jean-Pierre Améris’s Mauvaises Fréquentations (1999). Nimier’s novel is stylistically filmic and treats the themes that appear in these films, namely, submission, sexuality, and violence. Nimier’s writing reveals that in discussing the subtle questions of power through passivity, subversive fantasies, and sexual domination, we must continue to interrogate the novel. Even if contemporary French literature is itself becoming more and more filmic and visually driven, the novel still offers unique possibilities for discussing and imagining changes in gender politicsTaking issue with those critics who suggest that Nimer’s latest work, La Reine du Silence, marks a break with the author’s existing corpus in that it (finally) confronts the figure of the father, this article regards La Reine du Silence as both an interpretive grid for reading Nimier’s earlier novels and a text which offers a degree of resolution in relation to previously represented engagements with the (absent) father in Nimier’s work. Drawing on Freud’s theory of the “family romance,” the article identifies, across the full extent of Nimier’s œuvre, a series of points de re-père, figures of paternal authority, which are echoed at the level of the writing itself by a number of textual motifs. These figures bring about a splitting and a silencing of the narrators and protagonists, which can only be overcome, especially for the female protagonists, through the latter’s own acts of authorship.Au gré d’un parcours autobiographique, Marie Nimier dans La Reine du Silence explore cette réalité intraduisible qu’est le labyrinthe du deuil, de la mort. Dans une quête irrépressible de la survie, maniant la langue avec un humour et des images décapants, son salut est son style. Jouant sur le caractère infini du langage, Marie Nimier impose sa griffe dans une danse sur la page, repoussant les frontières du tissu textuel. Dans un ballet de métaphores allié au vêtement et au corps, le chemin de la reconnaissance passe l’isotopie de la sirène, image d’un malaise sous-jacent amorcé dès Sirène, titre de son premier roman. Par l’exploration de l’écriture, la sirène, Marine puis Marie, à son corps défendant, va prendre son envol et trouver son réseau aérien. Perpétrant cet engrenage langagier de l’écriture, La Reine brise le Silence qui la tenait « prise au piège de l’intelligence paternelle » (145). Le défi est relevé. En renaissant dans le texte, la sirène s’est recomposée et peut écrire en son nom, au nom de Nimier.Depuis environ 1920 le paysage littéraire français reconnaît sous les traits du patronyme Nimier le grand romancier Roger Nimier. Il semble que dès 1985 sa fille, elle-même, offre son regard à la physionomie de ce paysage : un regard ambiguë, doublement jeune, de femme et d’écrivain. Je propose ici d’explorer comment cette dernière évolue dans l’univers de ses textes tandis qu’elle écrit buste de sirène, silhouette de femme, d’homme orchestrant de dos, corps générique reproducteur ou temporel, corps érotisé jusqu’à se perdre dans le blanc de la page, confondant finalement corps et corps de texte. D’autre part je retracerai jusqu’où, comme la plupart de ses personnages, en pleine mouvance, étrangers à toute ambition de démarche, ces textes lui sont devenus des prétextes à ré-orthographier un prénom, un nom, son nom, ce patronyme Nimier qui, paré d’une calligraphie de lettres nouvelles et de figures de style croustillantes, lui permettent de découvrir son propre visage, mais aussi de faire découvrir à une génération nouvelle d’auteurs et de lecteurs un autre visage Nimier, le sien. Corps et visage s’apparentent ainsi à l’écriture qui est devenue mère porteuse d’identité et qui, chemin faisant, rivalisant de créativité avec elle-même pourra dans La Reine du Silence permettre à Marie Nimier d’écrire une autobiographie qui lui accorde une double reconnaissance : la sienne et celle de son père. Pleins et des déliés délient la langue de Marie, reine du Silence, qui enfin, à la première personne du singulier, pour sa génération et pour elle-même peut répondre à la question maudite que son père lui posa lorsqu’elle avait cinq ans : « Que dit la Reine du Silence ? »L’univers romanesque de Marie Nimier témoigne d’une narrativité rocambolesque, d’une hybridité générique, et de la mise en place d’un réalisme fantasmé et raconté par des voix narratives variées et amusantes. Avant la parution de La Reine du Silence en 2004, récit explicitement autobiographique mais encore récit sur son père, Roger Nimier, mort en 1962 quand Marie Nimier n’avait que cinq ans, le thème de la paternité littéraire joue un rôle important, bien qu’en filigrane, dans les textes. À partir de la notion freudienne du pervers que Julia Kristeva évoque et approfondit dans Le Génie féminin au sujet de l’œuvre de Colette, cet essai explore le sens du pervers, ou père en vers, chez Nimier fille. En particulier, on peut discerner dans certains des romans de Marie Nimier la quête d’un nom de père sous forme d’enquête policière. Dans un renouvellement du genre policier, Nimier mélange l’herméneutique (la déduction raisonnée du détective, le symbolique) et l’affectif (l’intuition, le sémiotique) réalisant un polar sentimental et autobiographique qui s’apparente à la cure psychanalytique. Le mythe d’Œdipe joue ici le rôle du moteur de la recherche.This article is the result of a seminar where le discours amoureux was examined in several twentieth century French novels. I focus on two of them: Le Coup de grâce, by Marguerite Yourcenar, and La Nouvelle Pornographie, by Marie Nimier. A look at le discours amoureux in these novels demonstrates that the language of love is a problematic thing. However, in spite of the faulty or carefully circumscribed rapport between lovers or potential lovers, the elusiveness of fusional relationships, and the pervasive incomprehension between speaking subjects, these novels produce a surprising affirmation of the power of language and of writing to create a space, a discursive site, where singular individuals can meet authentically and where a fragile tenderness is possible. I propose that a necessary element of this precarious space is the condition of abjection as described by Julia Kristeva in Les Pouvoirs de l’horreur. Kristeva’s definition of the abject is compared to Nimier’s use of the term and Nimier’s conception of the truly obscene. Parallels are made between the loathing, treachery, and rejection Kristeva names as abject, and the behavior of characters in Yourcenar’s and Nimier’s novels. The contrast between the preverbal nature of the abject and the safeguard of literary form to frame and express it is presented with reference to Philippe Sollers’ novel, Portrait du joueur, and is related both to Kristeva’s concept of the abject and to its representation in the three novels. I conclude with the examination of the abject element characteristic of any literary work and of literature as the space where love and abject loathing are not mutually exclusive but are the double face of true intimacy.En comparant quelques romans de l’extrême contemporain français qui présentent la figure du père, tant réel que fictionnel, cet article vise à déjouer les mécanismes d’une écriture de la filiation dans les pratiques actuelles, notamment dans les choix de Marie Nimier. L’enquête et la réflexion métascripturale accompagnent l’analyse des ellipses parsemées tout le long du texte comme graduelle prise de conscience d’une limite à explorer et à repousser continuellement au nom d’une série de témoignages tout à fait extérieurs à la relation entre père et fille dessinée dans La Reine du Silence. Cet aspect tend à rendre explicite la difficulté à gérer la figure du père, en dévoilant la technique du « gant » qui semble revêtir un espace défini à priori et apparemment déjà codifié, mais qui, au fond, n’habille pas l’écriture. L’exigence de créer des vides, la nécessité de jouer sur les prises de distance finissent par mettre au point des formes de renversements capables de questionner l’approche identitaire, souci particulièrement évident dans la prose française d’aujourd’hui qui remet en cause toute dimension généalogique, comme le témoignent, entre autres, Eau sauvage de Valérie Mréjen, Le Cri du sablier de Chloé Delaume et Mon père d’Éliette Abécassis.This paper situates La Nouvelle Pornographie within the context of debates around the terms “women’s writing” and écriture féminine, arguing that whilst her protagonist Marie is concerned with the articulation of a female eroticism defined in opposition to the male, Nimier herself offers us a model of “otherness” and desire which transcends simplistic gender binaries. I argue that through her use of the autofictional narrative voice Nimier explores writing as a site of self-transformation in which the author/narrator can act out alternative visions of her self. Through the relationships both between narrator and protagonist, and between Marie and Aline, Nimier explores a realm of ambiguity which is both pleasurable and disturbing, and within which gender roles can be enacted and ultimately subverted. Marie’s fantasies reverse the conventional gendered structure of desire, positing the female as active desiring subject and the male as passive object, before going one step further to suggest the possibility of a lesbian desire which transcends this gender binary. Thus, my reading of the text identifies Gabriel, the apparent object of Marie’s romantic desires, as in fact the point of articulation of a love triangle through which Marie’s desire for Aline is mediated. Through this triangular pattern of desire Nimier explores the pleasures of the ambiguous and the undecidable as the site of a jouissance which both excites and disturbs, and which gives the text itself its peculiarly seductive quality.Comment en vouloir à quelqu'un qui n'existe pas, qui ne vous manque pas, que l'on a proprement gommé de sa vie ?J’ai choisi de réaliser une série de pastiches sur un mode dual. Le principe de base consiste à former des couples composés d’un auteur « classique » et d’un auteur contemporain. Ici, deux extraits des oeuvres de Marcel Proust et de Marie NimierIl existe peu d'études sur l'intime, l'intimité, l'intimisme. De ce constat est né l'ouvrage collectif composé d'une série d'approches variées susceptibles de saisir l'intérêt et la difficulté de proposer une définition de l'intimité et, plus particulièrement, de l'intimité au 20e siècle. Placée sous le signe de l'interdisciplinarité, le volume rend compte de la polyphonie du thème dans la réalité sociale, artistique et littéraire du siècle dernier. Son principal objectif est d'appréhender la (les) définition(s) de l'intime que les créations littéraires et artistiques contemporaines proposent.Il existe peu d'études sur l'intime, l'intimité, l'intimisme. De ce constat est né l'ouvrage collectif composé d'une série d'approches variées susceptibles de saisir l'intérêt et la difficulté de proposer une définition de l'intimité et, plus particulièrement, de l'intimité au 20e siècle. Placée sous le signe de l'interdisciplinarité, le volume rend compte de la polyphonie du thème dans la réalité sociale, artistique et littéraire du siècle dernier. Son principal objectif est d'appréhender la (les) définition(s) de l'intime que les créations littéraires et artistiques contemporaines proposentJ'ai dit que ce livre m'avait rendu Marie Nimier incroyablement proche. J'aurais pu dire, aussi, inaccessible. Comme peut l'être une petite fille qui se tait et vous regarde droit dans les yeux sans sourire. Curieusement, c'est exactement l'effet que me fait ce livre, une fois refermé. Comme s'il était elle. Comme si, d'avoir réussi à y faire exister cet homme brillant et paradoxal qui eut tant de mal à être, pour elle, un père, son texte avait réussi du même coup à incarner cette petite fille muette qu'elle était en face de lui, " la Reine du Silence " comme il l'avait baptisée. Avec ce livre superbe dont on imagine qu'il marquera, dans son œuvre, non seulement une pause comme elle le suggère, mais un tournant, Marie Nimier rompt le charme où l'enfermait la parole de son père et brise le silence dont on imagine qu'il fut, des années durant, la prison transparente dont seule la littérature lui permettait de sortirHeureux lecteur qui va découvrir Marie Nimier. Il apprendra d'elle, en petites phrases limpides et frappantes, que les hommes, les mouettes et les fars aux pruneaux n'arrêtent pas d'entretenir à leur insu des quantités de relations insoupçonnées, fraternelles ou hostiles, sentimentales ou extravagantes.(...)



Responsable de la rubrique : Jeanne-Sarah de Larquier